Sénégal : RENTREE PARLEMENTAIRE 2026-2027 SOUS LE SCEAU DE LA TRANSPARENCE ET DE LA REDDITION DES COMPTES
L'Assemblée nationale sénégalaise a procédé, hier, mardi, à l'ouverture de sa session ordinaire unique. Si la Loi de Finances rectificative (Lfr) 2026 et le Projet de Loi de Finances 2027 (Plf) vont figurer en bonne place dans l'agenda parlementaire, dans le contexte d'une restructuration de la dette extérieure en cours, la création de commissions parlementaires, en plus de celles existantes, a été annoncée.
© Ousmane Sonko et Diomaye FayeLe président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, président du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternité (Pastef), majoritaire au sein de l'Hémicycle, a axé son discours d'ouverture sur le principe de la transparence des finances publiques et la reddition des comptes qui en est le corollaire obligé.
Rappelant d'emblée les conclusions du rapport de la Cour des Comptes publié en février 202 et qui avaient mis à jour "une dette cachée" colossale de sept mille milliards francs Cfa, confirmée par un audit indépendant et les partenaires financiers, Ousmane Sonko a fustigé l'opacité dans la gestion publique qui vaut aujourd'hui au Sénégal tous ses déboires.
Au nom de la redevabilité et de l'intérêt général
Le président de l'Assemblée a rappelé l'article 25 de la Constitution qui stipule que les ressources nationales appartiennent au peuple et doivent être utilisées en vue de son bien-être. Les personnes investies de la gestion des affaires publiques sont ainsi redevables devant le peuple souverain. Les commissions d'enquête en cours (Programme "Un étudiant, un ordinateur", Patrimoine bâti de l'Etat, Licences de pêche) instituées par l'Assemblée participent de cette redevabilité _ la nouvelle version des auditions publiques et radiodiffusées est très suivie par les populations, quoique des voix d'orfraie s'élèvent, à tort ou à raison, sur leur déroulé.
Le président de l'Assemblée nationale a annoncé la soumission à enquête parlementaire des contrats pétroliers et gaziers, des fonds spéciaux de la Primature, des projets de l'Agence Sénégalaise pour l'Electrification rurale (Aser) financés par Banco Santander, le programme de lutte contre contre les inondations et l'accord sanitaire avec les Etats-Unis d'Amérique. Ces commissions parlementaires vont couvrir la période allant de 2012 à 2026.
Contrôle de l'Exécutif et reddition des comptes
De ce fait, pour le leader charismatique du Pastef, il faut dépasser le temps où les ressources publiques et les institutions de la République sont considérées comme un butin pour la majorité exécutive. L'Assemblée nationale, à ce titre, va fonctionner, comme de bien entendu, suivant sa mission de contrôle de l'Exécutif.
Les commissions parlementaires déjà en place et celles à venir devront à terme participer pleinement à la reddition des comptes fortement demandée par les populations après la troisième alternance politique du 24 mars 2024. Même si leurs recommandations n'ont pas force de loi, elles devront permettre au pouvoir judiciaire de disposer d'axes de travail clairs en vue de la reddition des comptes des gestionnaires des ressources publiques.
En considérant la période 2012 à 2026, force est de constater que les députés entendent passer au peigne fin la gestion fortement décriée du régime du Président Macky Sall, mais aussi celle du Président Diomaye Faye, élu le 24 mars 2024.
Reste à savoir si ce dernier compte laisser l'Assemblée nationale en l'état, avec une majorité parlementaire hostile _ même si Ousmane Sonko a appelé, dès son accession au perchoir de la Place Soweto, à une "cohabitation douce".
Il peut, en effet, comme le suggèrent les faucons du palais de la République, dissoudre le parlement dès le 02 décembre prochain et appeler les citoyens sénégalais à élire une nouvelle assemblée nationale.
Babacar GUEYE



