Sénégal : LE PROJET DE LFR 2026 REJETE DE NOUVEAU EN COMMISSION PARLEMENTAIRE
La Commission des Finances de l'Assemblée nationale a une nouvelle fois rejeté le projet de Loi rectificative des Finances (Lfr) 2026, la majorité Pastef du Parlement estimant insuffisants les justificatifs du gouvernement pour faire des coupes budgétaires sur les investissements prévus.
© Assemblée nationale sénégalaiseUne non adoption de la Lfr en plénière risquerait de biaiser les accords de services entre le Sénégal et le Fmi pour le démarrage d'un nouveau programme triennal de financement dont le démarrage était prévu d'ici la fin de l'année en cours.
Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale et président du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternité (Pastef) avait été catégorique lors de la conférence de presse tenue le 19 octobre dernier : la majorité parlementaire, 130 députés sur 160, ne votera ni la Loi de Finances initiale (Lfi) 2027 ni la Lfr 2026 tant qu'il n'y aura pas d'accord sur l'encadrement des crédits ou fonds spéciaux, notamment ceux de la présidence de la République et de la Primature.
La Lfr 2026 est le projet de budget révisé compte tenu notamment des contraintes économiques, ici celles entrainées par le choc pétrolier et la baisse des recettes fiscales.
Le Pastef avait posé cinq (5) exigences majeures au vote de la Lfr :
- Surseoir aux coupes sur le budget de l'investissement dans l'éducation, la santé et l'hydraulique prévues par le gouvernement et privilégier celles sur les dépenses non essentielles ;
- La réduction des taxes pétrolières et des coûts de l'électricité pour compenser la réduction prévue des subventions sur l'énergie ;
- Les justificatifs sur l'affectation des 120 milliards issus des accords avec la Banque mondiale, ainsi que ceux des déficits 2026-2027 avec la transmission des rapports de l'Inspection générale des Finances (Igf) et du cabinet Forvis Mazars qui les éclairent ;
- La réduction du train de vie de l'Etat avec la suppression de dix-neuf (19) entités publiques, comme prévu dans le programme Diomaye Président auquel le Pastef était partie prenante, ce qui ferait économiser cinquante cinq (55) milliards de FCfa sur trois (3) ans ;
- L'encadrement, enfin, des crédits ou fonds spéciaux.
Mardi dernier, en pleine séance plénière, le ministre des Finances, Cheikh Diba, avait demandé aux parlementaires la suspension des travaux pour de nouvelles négociations en plénière, ce qui avait été accepté.
Malheureusement, ce retour en commission n'aura pas permis de lever les points de désaccords entre l'Exécutif et le Parlemnt pour l'adoption de la Lfr. Rendez-vous a été pris ce samedi pour redéfinir une nouvelle date pour de nouvelles négociations en commission.
Le gouvernement peut, en cas de blocage, faire adopter le projet de Lfr en urgence et risquer une confrontation avec le Parlement qui pourrait, à son tour, voter une motion de censure.
Un tel scénario ne fera qu'accentuer la morosité économique dans laquelle baigne le pays depuis un peu plus de deux (2) ans avec la suspension du programme du Fonds monétaire international (Fmi) et dont la reprise est assujettie, pour partie au moins, au vote de la Lfr.
Et le gouvernement sénégalais a grandement besoin de ce nouveau programme avec le Fmi pour apurer, comme annoncé, une partie de la dette intérieure à hauteur de trois cents milliards de francs Cfa, sur un peu moins de deux mille milliards de francs Cfa.
Babacar GUEYE



