Sénégal/Fera : DEUX ANCIENS DG CONVOQUES DEVANT LE POOL JUDICIAIRE FINANCIER A PROPOS DE 95 MILLIARDS DE F CFA
La presse locale nous apprend que deux anciens directeurs généraux du Fonds d'Entretien routier autonome (Fera) ont été convoqués dans la plus grande discrétion par les juges d'instruction du Pool judiciaire financier (Pjf). Leurs auditions porteraient sur un fonds de 95 milliards de francs Cfa et les juges s'interrogent sur le circuit de décaissement, les commissions éventuelles et la destination finale des fonds et intérêts générés par ledit compte.
© Photo d'illustrationLe Fera a été créé en 2007 par un décret du président Abdoulaye Wade (2000-2012) et a été réorganisé en 2020 sous Macky Sall par la loi n° 2020-30 du 6 novembre 2020 portée alors par le ministre des Transports, Me Oumar Youm. Cette réorganisation du Fera visait essentiellement à diversifier les ressources du fonds, réparties entre le financement des routes et l'entretien du réseau existant durant cette période charnière où, en prévision de la Présidentielle de février 2024, finalement reportée à mars 2024, l'urgence était de faire sortir de terre des chantiers, particulièrement au niveau des voies de communication, véritable talon d'Achille du pays.
Le Fera a été ensuite associé au Plan spécial de Désenclavement (Psd) créé en 2022 pour améliorer l'accès aux zones rurales et le maillage routier national. Prévu sur 2700 kms de route et d'un montant initial de 453 milliards de francs selon les rapports de l'Agence des Travaux et de Gestion des Routes (Ageroute), son montage financier a été finalement arrêté, en collaboration avec des partenaires internationaux, à 505,7 milliards de F Cfa.
Le crédit-relais de toutes les suspicions de 95 milliards
En 2023, à quelques encablures de la Présidentielle et face à l'urgence du bilan qui hante tous les régimes finissants, un premier prêt-relais ou bridge loan de 95 milliards a été décaissé, en attendant... La mobilisation de cette somme a nécessité le concours de l'Agence britannique de Crédit UK Export Finance (UKEF) et de la branche londonienne de la Mitsubishi UFJ Financial group.
Le hic, c'est que cet argent n'est pas allé directement au Trésor public, mais a transité par plusieurs comptes de sociétés intermédiaires. Qui pis est, alors que le montage initial du Psd prévoyait l'exécution des travaux par des entreprises sénégalaises, le concours des traders londoniens était assujetti à la désignation d'une entreprise britannique comme maîtresse d'œuvre.
Les entreprises sénégalaises ont donc été reléguées au rang de sous-traitantes. Ce qui implique un circuit encore plus sinueux pour les fonds.
Le Dg Mamadou Faye cautionne 200 millions, le Dg Pape Ibrahima Faye rechigne...
Les magistrats instructeurs du Pjf veulent, au terme de l'audition des deux (2) Dg Mamadou Faye et Ibrahima Faye, pouvoir retracer l'itinéraire précis de ces quatre vingt quinze milliards (95 000 000 000) de francs Cfa, capital et intérêts compris, afin de savoir s'il n'y a pas eu détournement de fonds.
Pour ce qui est de Mamadou Faye, les suspicions porteraient les intérêts générés par les fonds et placés dans un fond séquestre. Ses conseils auraient fourni des justificatifs de paiement aux entreprises sous-traitantes avec l'argent de ce fond. Toutefois, au terme de l'audition et pour éviter la détention à leur client, une caution de deux cents millions de francs Cfa aurait été déposée au Pjf à titre de caution.
En revanche, les avocats de Pape Ibrahima Faye ruent dans les brancards et assurent que l'argent a été totalement versé aux entreprises contractantes. Joints par le quotidien L'Observateur, ils s'étonnent que l'on puisse alléguer qu'autant d'argent ait pu être détourné. Aux dernières nouvelles, les juges d'instruction leur ont donné rendez-vous à la fin des vacances judiciaires pour produire tous les justificatifs nécessaires.
Affaire à suivre !
Babacar GUEYE



