Reddition de comptes : L’EX-MINISTRE AÏSSATOU SOPHIE GLADIMA FACE A LA HAUTE COUR DE JUSTICE LE 22 JUILLET
Le rouleau compresseur de la traque des biens présumés mal acquis s'accélère à Dakar et s'attaque désormais au premier cercle de l'ancien régime. Aïssatou Sophie Gladima, figure historique du parti de Macky Sall et ancienne ministre du Pétrole et de l’Énergie, sera le tout premier dignitaire de l’administration sortante à s’asseoir sur le banc des accusés. Dans un climat national lourd, alors que le scandale de la « dette cachée » continue d'alimenter toutes les passions, le Premier président de la Cour suprême a acté la clôture de l'instruction. Par une ordonnance datée du 7 juillet 2026, l'ouverture de ce procès historique a été fixée au 22 juillet courant.
© Aïssatou Sophie Gladima bénéficie de ce que la loi qualifie de « privilège de juridiction ».Du pétrole au fonds Covid : Les lourds chefs d'inculpation
Compagnonne de route de première heure de l'ancien président Macky Sall, avec qui elle a partagé les bancs des mouvements étudiants, Aïssatou Sophie Gladima fait face à une avalanche de qualifications pénales particulièrement graves : association de malfaiteurs, détournement et escroquerie portant sur des deniers publics, blanchiment de capitaux et complicité.
Au cœur du dossier, les magistrats enquêtent sur la gestion très controversée du fonds « Force-Covid », ce gigantesque mécanisme financier mis en place au plus fort de la pandémie pour soutenir l'économie. L'ancienne ministre a été frontalement épinglée par un rapport accablant de la Cour des Comptes. Un document dont les conclusions explosives ont été confortées par son propre Directeur de l’Administration générale et de l’Équipement (DAGE). Ce dernier a formellement avoué aux enquêteurs lui avoir versé, sur instruction écrite, une enveloppe de 73 millions de FCFA. Ces fonds, théoriquement destinés à l'édification d'un centre d'appui pour les orpailleurs impactés à Kédougou, ont fondu dans la nature, le centre n'ayant jamais vu le jour.
Un procès sans appel devant la Haute Cour de Justice
Ce grand déballage judiciaire marque l'aboutissement d'un long feuilleton pour l'ancienne ministre. Placée sous mandat de dépôt le 21 mai 2025, elle avait ensuite obtenu une libération conditionnelle assortie d'un placement sous bracelet électronique le 7 juillet de la même année. Sa comparution ouvre la voie à une série d'autres procès, puisqu'elle appartient à un groupe de cinq anciens ministres de l'ère Sall formellement inculpés.
En raison de ses fonctions ministérielles passées, Aïssatou Sophie Gladima bénéficie de ce que la loi qualifie de « privilège de juridiction ». Seule la Haute Cour de Justice est constitutionnellement compétente pour statuer sur son cas. Toutefois, ce bouclier procédural comporte un risque majeur pour l'accusée : les arrêts rendus par cette haute juridiction politique et judiciaire sont exécutoires et ne sont susceptibles d’aucun recours ni appel. Pour le camp de l'ancien régime, c'est une heure de vérité sans filet qui débutera le 22 juillet prochain.
Babacar GUEYE



