Proximité des locales, majorité parlementaire en rupture de ban : QUELLES ALTERNATIVES POUR LE PRESIDENT DIOMAYE FAYE ?
© Le Président sénégalais Diomaye FayeAu Sénégal, les dernières élections locales ont connu deux reports successifs sous l'ancien Président Macky Sall en 2019 et 2020 pour se tenir finalement en janvier 2022. Les Locales prévues en janvier 2027 sont parties pour subir au moins un report, de l'avis des états-majors de l'opposition et même des experts électoraux de la société civile, malgré les assurances du ministre de l'Intérieur. De toute évidence, le Président Diomaye Faye, qui vient de porter son propre parti politique, Kiiraay / Les Patriotes Républicains, sous les fonts baptismaux, attend l'avis du Conseil constitutionnel qu'il a consulté sur la possibilité de coupler les Locales et les Législatives.
Le scénario est quasi identique à celui de novembre 2024 : un Premier ministre fraîchement nommé appelé à faire une Déclaration de Politique générale, son premier grand oral, devant une représentation parlementaire hostile. A la différence notable qu'il n'y avait aucune consultation électorale à l'horizon. Le Président Diomaye Faye avait tenté un coup de Jarnac qui s'était révélé payant en dissolvant le Parlement, constitué majoritairement de députés de la coalition Benno Bokk Yakkaar, et appelé les citoyens sénégalais à des Législatives anticipées. Le résultat avait dépassé ses espérances puisqu'il avait obtenu une majorité absolue de 130 députés sur 165 au sortir de ces élections de novembre 2024. Les députés d'alors, pressés d'en découdre avec le Pm Ousmane Sonko, celui-là même qui avait bouté leur régime par une consigne aussi simple qu'efficace _ Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko _, ont semblé n'avoir rien vu venir...
« Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko »
Le raz de marée électoral du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternité (Pastef), qui a porté le Président Diomaye Faye à la magistrature suprême au sein de la coalition Diomaye Président lors de la Présidentielle du 24 mars 2024, s'explique par un choix initial cornélien : partir seul aux Législatives sans les alliés avec comme tête de liste, Ousmane Sonko, son président et leader emblématique. Si sur les 46 départements que compte le pays, 40 sont tombés dans l'escarcelle du Pastef, c'est, comme l'a reconnu le Président Diomaye Faye, en raison « de l'engagement personnel et du leadership » d'Ousmane Sonko. Celui-là même qui, voyant sa candidature à la Présidentielle de 2024 invalidée par le régime de Macky Sall, avait désigné Diomaye Faye comme son alter ego : « Sonko moy Diomaye, Diomaye moy Sonko ». Les Sénégalais avaient largement adhéré en octroyant à Diomaye Faye 54% des suffrages exprimés et l'élisant au premier tour – ce qui ne s'était plus vu depuis 1993, hormis la Présidentielle controversée de 2007 qui avait vu la réélection du Président Abdoulaye Wade.
L'ombre tutélaire d'Ousmane Sonko
Le contrecoup de ces Législatives, c'est, comme susdit, la confirmation du leadership d'Ousmane Sonko, le Président du Pastef, auprès des masses sénégalaises. Nommé Premier ministre au lendemain de la Présidentielle de 2024 par son poulain, sa stature encore grandie par le raz de marée électoral avait de quoi faire de l'ombre à ce dernier. Son omniprésence en tant que chef de l'Exécutif a fini par être mise en épingle par l'opposition qui n'a pas manqué de fustiger ce Président par procuration qu'était Diomaye. Ce qui, après deux ans, transforma le tandem Diomaye-Sonko en rivalité sourde sous les coups de boutoir de l'opposition, laquelle se mua en clash et mena au divorce. Le Président Diomaye Faye dut se séparer de son mentor qui lui faisait de l'ombre et, qui pis est, multipliait les sorties pour réclamer plus de rupture d'avec l'ancien « système », estimant n'avoir pas assez les coudées franches pour matérialiser les promesses pour lesquelles le Pastef avait été élu.
Kiiraay / Les patriotes républicains, la nouvelle trouvaille du Président Diomaye Faye
C'est dans ce contexte de divorce acté le 23 mai dernier avec la défénestration d'Ousmane Sonko de son poste de Pm que se profilent les prochaines joutes électorales. Le calendrier républicain prévoit la tenue des prochains Locales en janvier 2027. Ousmane Sonko, qui s'est niché entretemps au perchoir de l'Assemblée quatre (4) jours seulement après sa démission et dont les partisans ont refusé de siéger dans le nouveau gouvernement, ne cesse d'appeler au respect du calendrier électoral. Le Président Diomaye Faye, lâché par ses anciens partisans du Pastef, a créé entretemps son propre parti politique des flancs de la coalition Diomaye Président, Kiiraay / Les patriotes républicains, qui regrouperait, si on en croit sa coordonnatrice, la moitié des maires du Sénégal et compterait plus de quatre cents (400) partis et mouvements politiques.
Le Président Diomaye Faye a dernièrement demandé avis au Conseil constitutionnel sur la possibilité d'un couplage des Locales et des Législatives. Ce couplage suppose la dissolution, comme en novembre 2024, de l'Assemblée nationale. Cela expliquerait son peu d'empressement à convoquer le collège électoral et à initier une révision exceptionnelle des listes électorales, à défaut d'une révision ordinaire.
Kiiraay aura-t-il les reins assez solides, le cas échéant, pour contenir, voire renverser la déferlante Pastef qui a balayé d'un revers de main douze (12) années de règne sans partage de Macky Sall. That's the question !
Babacar GUEYE



