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Manifestations politiques entre mars 2021 et mars 2024 : LES PREMIERES INTERPELLATIONS, MALGRE LA LOI D'AMNISTIE

L'arrêt de la Cour suprême, dans son rejet du projet de loi portant modification de la loi d'amnistie du 13 mars 2024, avait été claire : celle-ci ne couvre aucunement les actes de torture ou de crimes contre l'humanité.

Manifestations politiques entre mars 2021 et mars 2024 : LES PREMIERES INTERPELLATIONS, MALGRE LA LOI D'AMNISTIE© Manifestations politiques mars 2021-mars 2024

La justice sénégalaise, deux (2) ans après les faits, vient de placer sous mandat de dépôt un agent de l'Agence de Sécurité de proximité (Asp) pour meurtre, ainsi qu'un agent du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (Coud) suite à la plainte de l'étudiant Pape Abdoulaye Touré, tandis qu'un autre agent et deux (2) vigiles sont placés sous contrôle judiciaire.

La Section de Recherches de la Gendarmerie de Colobane aurait, semble-t-il, boulé les enquêtes sur les violences commises durant les manifestations politiques survenues entre mars 2021 et mars 2024 et relevant de « crimes contre l'humanité par actes de tortures ou traitements inhumains, cruels et dégradants ». Ces crimes ne sont pas couverts par la loi d'amnistie votée en mars 2024 sous l'ancien régime à quelques encolures de sa chute.

Ainsi, l'Asp Ibrahima Diaw a été placé sous mandat de dépôt pour avoir heurté mortellement Mamadou Ndoye à Bargny où il était en poste au commissariat de la commune. L'événement malheureux s'est déroulé en 2023 et la victime serait un déficient mental qui se trouvait aux abords du commissariat et ne prenait pas part aux manifestations.

Le cas symbolique de l'étudiant Abdoulaye Touré

Bien qu'ayant survécu aux sévices corporels subis lors de la violente répression des manifestations politiques survenues entre mars 2021 et mars 2024, Abdoulaye Touré, étudiant en droit et membre actif du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternité (Pastef), symbolise à lui seul cette période. Interpellé devant sa maison à Dakar vers les coups de 20 h par des individus en civil se présentant comme des policiers, il ne doit certainement sa vie sauve qu'à l'entourage immédiat qui a filmé les scènes de tortures et la diffusion, en live quasiment, de celles-ci sur le Net. On l'y voit traîné par les policiers présumés jusqu'à un piquet de gendarmes où, contre toute attente, il a été passé violemment à tabac.

L'étudiant en droit a porté plainte le 09 septembre 2024, soit six (6) mois après la chute du Président Macky Sall, pour séquestration, enlèvement illégal et actes de tortures. Après enquête, quatre (4) personnes ont été interpellées et s'en sont tirées avec des fortunes diverses. Le dénommé Dibril Gaye, agent du Coud, a été placé sous mandat de dépôt pour association de malfaiteurs, crimes contre l'humanité et actes de tortures. Le chef de la sécurité du Coud, Amadou Tidiane Cissé, alias Kabakrou, lui, a été placé sous contrôle judiciaire avec port de bracelet électronique pour, selon son conseil, « complicité par instigation ».

Au moment des faits, il aurait communiqué avec les tortionnaires... Les deux (2) autres personnes interpellées sont des vigiles en service chez le ministre de la Jeunesse d'alors, Pape Malick Ndour ; ce qui corrobore les déclarations de Pape Abdoulaye Touré selon lesquelles ses tortionnaires s'étaient présentés comme des hommes de main du ministre ! Djibril Diao et Amadou Guindo Traoré ont été aussi placés sous contrôle judiciaire avec port de bracelet électronique...

Ainsi, deux (2) ans après la chute du régime de Macky Sall, la justice sénégalaise a décidé de s'occuper des responsables de crimes contre l'humanité. Jusqu'où ira-t-elle ? Pape Abdoulaye Touré, par exemple, avait inclus dans sa plainte l'ancien ministre de l'Intérieur, Antoine Félix Diome, l'ancien ministre de la Jeunesse, Pape Malick Ndour, et l'ancien commandant en chef de la gendarmerie, le général Moussa Fall. Wait and see !  

Babacar GUEYE

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