Le Président Diomaye Faye à Washington : LE FMI EVITE LA RESTRUCTURATION DE LA DETTE DU SENEGAL
Deux semaines après la signature d'un accord de services pour un nouveau programme de financement, après deux (2) ans de gel, entre le Fonds monétaire international (Fmi) et le gouvernement sénégalais, le Président Diomaye Faye s'est rendu à Washington où il a rencontré les dirigeants des institutions des Bretton Woods.
© Le Président Diomaye Faye a rencontré les dirigeants des institutions des Bretton WoodsA l'issue de ces rencontres, le Fmi et la Banque mondiale lui ont renouvelé leur soutien pour une relance de l'économie sénégalaise, qui ploie sous le poids d'une dette dépassant les 130 % du Produit intérieur brut (Pib), mais pas un seul mot sur une éventuelle restructuration de celle-ci...
La crise de la dette au Sénégal avait été mise à jour au lendemain de la révélation en 2024 d'une « dette cachée » qui remettaient en cause les indicateurs macroéconomiques publiés par l'ancien régime de Macky Sall. Il s'en était suivi d'une suspension du programme du Fmi pour le pays. L'accord entre les services (Staffs level agreement) de l'institution de Bretton Woods et le gouvernement sénégalais du 1er septembre pour un nouveau programme triennal de 2,2 milliards de dollars (environ 1484 milliards de francs Cfa) sonnait donc comme une bouffée d'oxygène pour une économie qui flirtait avec un défaut de paiement, le service de la dette ayant dépassé cinq mille milliards (5 000 000 000) en 2026. Cet accord de services, dont le memorandum n'est pas encore connu à ce jour et qui attend sa validation par la direction du Fmi et son Conseil d'administration, tout en promettant une injection de liquidités dans une économie exsangue, n'en charriait pas moins nombre de questions sur ses conditionnalités.
Les contradictions du Fmi et le clair-obscur du gouvernement sénégalais
La directrice de la Communication du Fmi, Julie Kozack, s'était réjouie, au lendemain de l'accord de services pour un nouveau programme, de « l'intention des autorités (N.D.R. : sénégalaises) d'utiliser le Cadre commun du G20 », non sans préciser que cela n'influait guère sur la soumission du programme à la direction et au Conseil d'administration du Fmi pour approbation et décaissements ultérieurs. Et ce, « pendant même que le Sénégal discute encore de la restructuration avec ses créanciers ». Restructuration ?
La référence au Cadre commun du G20, un « mécanisme multilatéral pour coordonner et restructurer la dette des pays à faible revenu surendettés », suffit amplement à hérisser les cheveux des économistes sénégalais dont la plupart, à tout le moins ceux de la majorité parlementaire du parti des Patriotes africains du Sénégal pour le Travail, l'Ethique et la Fraternité (Pastef) sont opposés à toute idée de restructuration de la dette sénégalaise. Qui plus est, comme l'a rappelé l'ancien ministre de l'Economie, du Plan et de la Coopération du premier gouvernement de l'Alternance politique de mars 2024, « le cadre actuel des pays à faible revenu ne s'applique plus au Sénégal qui est un pays ayant accès aux marchés ». En effet, au 28 août 2026, le Sénégal avait levé 2075 milliards de francs Cfa cette année, soit près de 80% de son objectif annuel. Par ailleurs, en bonne règle, le Fmi n'autorisait pas de programme avec des pays dont la dette n'est pas viable.
Ainsi, en réponse à la directrice de la Communication du Fmi, Abdourahmane Sarr soutient que « le Fmi ne peut pas imposer une restructuration à un pays, mais ne peut pas non plus avoir un programme dans lequel la dette n'est pas projetée viable. » Et de conclure : « Encore une fois, il faut choisir ! » Le 8 septembre dernier, le Premier sénégalais, Ahmadou Al Amine Lo, n'a pas pu dissiper ce clair-obscur autour d'une éventuelle restructuration de la dette sénégalaise. Après avoir clairement dit que le pays était « sous ajustement structurel », avant de se raviser - on évoque un appel de la présidence de la République qui l'aurait recadré en pleine Déclaration de Politique générale -, il a fini se reposer sur le concours de son ministre de l'Economie et des Finances qui a essayé de faire passer, sans succès, la pilule d'un « traitement de la dette », plutôt qu'une restructuration...
Le Fmi esquive la question à Washington, la Banque mondiale promet du liquide, le Président Diomaye Faye inflexible
C'est dans ce contexte de clair-obscur autour de la restructuration de la dette sénégalaise que le Président Diomaye Faye s'est rendu à Washington pour, officiellement, une « visite de travail (qui) s'inscrit dans la consolidation des partenariats économiques et financiers du Sénégal avec ses grands partenaires internationaux, au service des priorités de développement du pays », selon une note du site de la Présidence.
Bien avant sa rencontre avec le Président Diomaye Faye, Ajay Banga, le président de la Banque mondiale a publiquement évoqué son souhait d'aider le Sénégal à avancer rapidement dans le Cadre commun du G20. Après la rencontre, la présidence de la République a semblé faire la sourde oreille à cette invite avec un communiqué laconique qui porte sur les domaines d'intervention de la Banque mondiale, notamment énergie, protection sociale, emploi des jeunes, entrepreneuriat, climat des affaires et développement territorial, sans mentionner ni une éventuelle restructuration ni le Cadre commun du G20.
A la sortie de l'audience accordée à la directrice du Fmi, Kristalina Georgieva, le Président Diomaye Faye est resté droit dans ses bottes quant à la question de la restructuration. Il a réaffirmé la volonté du Sénégal de consolider ses finances publiques et la viabilité de sa dette, après l'annonce des deux (2) parties « d'aller rapidement vers l'approbation du programme par le Conseil d'administration du FMI ».
Aussi bien, le Président Diomaye Faye, en réaffirmant la viabilité de la dette sénégalaise et en réitérant ses engagements pour un assainissement des finances publiques, que la directrice du Fmi, en esquivant la question de la restructuration de la dette, à l'inverse de sa chargée de communication, embouchent la même trompette : oui à un nouveau programme du Fonds et, donc, à l'accès aux liquidités dont le Sénégal a besoin, en suspens la question de la restructuration de la dette. D'autant plus que son annonce avait douché les agences de notation qui ont dégradé drastiquement la note du Sénégal. De plus, une telle option se heurtera fatalement à l'opposition du parlement sénégalais.
Restructuration, reprofilage ou simplement traitement de la dette ont donc été différés en attendant les résultats des analyses sur la dette sénégalaise. Bon à prendre pour le pays !
Babacar GUEYE



