Sénégal : LE GRAND GACHIS DU RIZ LOCAL, ASPHYXIE PAR LES IMPORTATIONS
Des hangars qui débordent de sacs invendus pendant que les Sénégalais consomment massivement du riz étranger. C'est le paradoxe insupportable qui frappe actuellement la filière rizicole nationale. Plus de 250 000 tonnes de riz blanc local dorment dans les stocks faute d'acheteurs.
© Plus de 250 000 tonnes de riz blanc local dorment dans les stocks faute d'acheteurs. Dans la seule vallée du fleuve Sénégal et du côté de Dagana, des dizaines de milliers de tonnes de riz blanc et de paddy restent désespérément en souffrance. Cette crise de commercialisation sans précédent bloque totalement la trésorerie des producteurs, les empêchant de financer la prochaine campagne agricole et menaçant de paralyser l'ensemble d'un secteur pourtant hautement stratégique.
Le naufrage des accords de régulation
Pour les acteurs de la filière, ce fiasco est le résultat direct d'une absence de régulation efficace du marché. Le Sénégal consomme chaque année 1,3 million de tonnes de riz et doit nécessairement importer pour éviter la pénurie, mais l'État échoue à protéger sa propre production. Le riz asiatique, proposé à 300 francs CFA le kilo, dicte sa loi face à un riz local moins compétitif et plus cher de 50 francs CFA. L'accord signé en novembre 2025, qui imposait aux importateurs d'acheter 10% de riz local pour chaque lot de 100 000 tonnes importées, est aujourd'hui resté lettre morte. De même, la subvention promise de 50 francs CFA par kilo pour inciter les opérateurs à acheter local n'a pas suffi à combler le fossé.
Un secteur à réformer d'urgence
Face à la colère qui monte, les mesures d'urgence ne sont que des pansements sur une plaie ouverte. Si la suspension temporaire des importations décidée pour un mois offre un court répit pour écouler les stocks, elle ne résout en rien le problème de fond. Les professionnels du secteur, notamment les importateurs, dénoncent le manque flagrant de structuration, la faiblesse de la mécanisation et le morcellement des exploitations agricoles qui font grimper artificiellement les coûts de production locaux. Pour sortir durablement de cette crise de croissance, le Sénégal devra passer du protectionnisme de façade à une véritable politique industrielle de modernisation de sa filière agricole. Un défi immense pour la souveraineté alimentaire, à suivre de près sur DDTv.



