OUMAR A LU : « L’OMBRE D’IMANA » de Véronique Tadjo
© L’Ombre d’Imana Parce qu’il m’a coupé le souffle. L’Ombre d’Imana n’est pas de ces romans qu’on parcourt à la légère, la nuit tombée, un verre de bissap à portée de main pour s'apaiser.
C’est un texte sans concession qui vous saisit le cœur et ne le lâche plus.
Au bout d’une trentaine de pages seulement, j’ai senti ressurgir l'écho douloureux d'une autre grande œuvre : Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop.
Une lecture tout aussi éprouvante qui m’avait dévasté et laissé à terre pendant des mois.
Mais là où d'autres affrontent le drame par le cri, Véronique Tadjo choisit une tout autre voie. Elle raconte avec une immense douceur. Elle ne hausse jamais le ton ; elle murmure.
Et c’est précisément cette retenue, cette pudeur poétique au milieu du désastre, qui rend le propos encore plus dévastateur.
Elle nous installe face à l’horreur du génocide rwandais, sans détours ni artifices, en donnant voix aux morts comme aux survivants.
J'ai dû refermer le livre. Je me suis rendu compte que je n’étais pas prêt à poursuivre ce voyage au cœur des ténèbres, pour l'instant.
Un jour, c'est sûr, j’y reviendrai. Quand j’aurai les épaules assez solides pour porter ce poids avec l'auteure.
En attendant, merci à Véronique Tadjo d'écrire avec tant de dignité, et de nous rappeler avec force que la littérature n'est pas seulement un divertissement : c'est un devoir de mémoire et un rempart sacré contre l'oubli.
Oumar NDAO



