Le voyage transatlantique d'Alune Wade : « FAMILY AFFAIR », ODE A LA CREOLISATION ET MEMOIRE VIVANTE DE LA DIASPORA
Un an après la parution du projet New African Orleans (2025) et la diffusion du documentaire Tukki, le virtuose de la basse et compositeur sénégalais Alune Wade prolonge sa quête mémorielle avec la sortie simultanée de son nouvel album Family Affair et de l'ouvrage Une affaire de famille – Conversations transatlantiques.
© Culture & Industries créativesEn faisant de la musique le vecteur privilégié d'une histoire non écrite, l'artiste dakarois tisse une passerelle esthétique et intellectuelle entre l'Afrique de l'Ouest, les Caraïbes et les Amériques, sublimant cinq siècles d'hybridations nées de la traite transatlantique.
Archéologie des rythmes et géographie des croisements musicaux
Inspiré dès son enfance à Dakar-Plateau par le cosmopolitisme culturel et l'héritage du premier Festival mondial des arts nègres (1966), Alune Wade structure son œuvre autour du concept de créolisation chère à Édouard Glissant.
De la Nouvelle-Orléans aux scènes de La Réunion, le bassiste inverse les flux migratoires mémoriels pour connecter la matrice africaine aux expressions diasporiques (brass bands, second lines, Black Indians). Son travail explore la filiation directe entre instruments ancestraux (guembri, ngoni) et inventions modernes (basse, banjo, jazz, rock).
L'album Family Affair réunit un collectif transcontinental. Le titre Damonzon, hommage au royaume de Ségou, fait dialoguer la cantatrice malienne Mamani Keïta avec le spoken word de la poétesse afro-américaine Sunni Patterson.
Le morceau From Congo to Square sollicite le gospel de Tonya Boyd-Cannon en référence à Congo Square, tandis que Créolez-moi ça intègre le piano cubain d'Harold López-Nussa et Asase Yaa célèbre le highlife du Ghanéen Kyekyeku.
Diplomatie culturelle et résilience par l'art à l'approche des JOJ
Au-delà de la performance artistique, la démarche d'Alune Wade participe au rayonnement de la création contemporaine sénégalaise et au travail d'archivage des mémoires collectives.
En évoquant dans Twelve Bells les coups de cloche précédant la déportation depuis l'île de Gorée — où il avait coorganisé le Gorée Jazz Festival en 2014 —, l'artiste transforme les traumatismes de l'Histoire en une célébration de la joie et de la résistance culturelle.
Cette production hybride consolide la position de Dakar comme plaque tournante des industries créatives en Afrique de l'Ouest. Elle apporte un contrepoint intellectuel et artistique majeur alors que le pays s'apprête à accueillir les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ Dakar 2026), affirmant le rôle central de la musique dans la transmission identitaire des peuples.
N’Kwam (Source : www.rfi.fr)



