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Douk Saga : IL Y A 20 ANS, LE COUPE DECALE PERDAIT SON "PRESIDENT"

Le 12 octobre 2006, la musique ivoirienne perdait l’un de ses personnages les plus atypiques, âgé de seulement 32 ans : Douk Saga, figure fondatrice du coupé décalé et "président" autoproclamé de la Jet Set, cette bande d’ambianceurs héritiers des sapeurs congolais.

Douk Saga : IL Y A 20 ANS, LE COUPE DECALE PERDAIT SON "PRESIDENT"© Musique Coupé-décalé


Retour sur les débuts de cette aventure musicale hors norme avec David Monsoh, producteur de l’album de Douk Saga intitulé Héros national Bouche-bée paru en 2005.

RFI : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Douk Saga ?

David Monsoh : Je l’ai rencontré pour la première fois dans les années 2000 dans une boîte de nuit qu’on appelait le Nelson, qui se trouvait à la mairie de Montreuil, à côté de Paris. C’était un dimanche. Je m’y suis pointé avec des amis et j’ai vu un groupe de jeunes bien habillés, en smoking. Ça m’a agréablement surpris parce qu’aller en boîte en costume, ce n’était pas commun. Donc, ça m’a tellement impressionné que j’ai posé des questions pour savoir qui ils étaient. On m’a dit que c’était un groupe de jeunes Ivoiriens qui faisaient des affaires et, le dimanche, chaque fois qu’ils venaient, c’était comme ça qu’ils aimaient s’amuser. Aux platines, il y avait un jeune artiste qui s’appelait DJ Jacob. Il faisait un mix avec la partie dansante du ndombolo, la musique congolaise qui dominait à cette époque et au micro, il fredonnait des dédicaces, en français avec des mots nouchi (argot ivoirien, NDR). Et les jeunes que j’avais repérés ont commencé à créer des pas de danse que j’ai trouvés formidables. Donc, je me suis approché d’eux. Et dans ce groupe, Douk Saga était le "président". C’était lui qui finançait les bouteilles et les sorties en général.

Lui avez-vous proposé directement une collaboration artistique ?

Il me connaissait un peu en tant que producteur. Je lui ai dit que ce qu’il faisait était intéressant et que j’avais envie de le formaliser, de le structurer, mais qu’il faudrait chanter. Douk Saga m’a répondu : « Nous, on ne sait pas chanter ! ». Je lui ai parlé d’un mouvement qu’on allait créer qu’on appellerait coupé décalé. Et finalement, il était d’accord pour que je réserve le studio d’enregistrement.

Comment cela s’est-il passé ensuite ?

J’ai réservé le studio pour 10 heures le lendemain matin. Ça a été un peu mon erreur parce que les mecs sont sortis de boîte à 7 heures ! C’était impossible qu’ils viennent dans la matinée. Donc vers 21 heures, je les rappelle et ils sont arrivés vers minuit. Entretemps, j’avais intercepté David Tayorault qui partait le lendemain pour Abidjan – c’est lui qui avait fait le son et les arrangements pour Magic System. En studio, comme personne ne passait derrière le micro pour chanter, j’ai pris mon téléphone et j’ai dérangé Soum Bill, Dezy Champion, Petit Denis et le groupe Magic System. Par respect, ils sont tous venus me retrouver. Je leur ai présenté le projet et j’ai demandé à Petit Denis d’essayer de créer un truc. Il a commencé à chanter : « On l’appelle Douk Saga, le vieux père, le créateur du décalé coupé » (sur « Saga Cité », NDR). Il fallait cet apport du zouglou pour qu’il y ait un peu de mélodie. Pour « Douk Saga en fête », la chanson qui a le plus cartonné, j’ai pris un autre chanteur de zouglou. Et Douk Saga qui n’a pas de voix a fait les dédicaces comme font les Congolais. Parce que je me suis un peu inspiré de la musique congolaise – j’ai fait venir aussi un batteur et un guitariste congolais, pour apporter un côté live. Voilà pour l’avènement du coupé décalé, un nouveau concept.

Douk Saga s’est-il investi en tant qu’artiste pour défendre ces chansons ?

Il s’est impliqué dans le projet. La preuve, on a réussi à organiser un grand concert au Palais de la culture à Abidjan. Il n’avait qu’un album donc c’était un peu compliqué pour qu’on ait 4 000 personnes, mais on disait : « Si tu payes ton billet 5 000 FCFA, tu risques de gagner le double parce que le président Douk Saga va faire du “travaillement” : il va distribuer de l’argent dans la foule. Et si tu as de la chance, tu peux tomber sur un billet de 10 000 FCFA. » Un peu comme à la loterie. Ça a provoqué un engouement mais le succès a été rapide également à cause du contexte ivoirien. À cette période, il y avait le couvre-feu à partir de 18 heures et les gens cherchaient à s’amuser. Des jeunes ivoiriens de Paris qui avaient créé un mouvement, c’était du jamais-vu !

Quelle image gardez-vous de l’homme qu’était Douk Saga, Stéphane Hamidou Doucouré à l’état civil, dont on retient plus facilement les fastes et les attitudes polémiques, à l’image du "travaillement" ?

Ce n’était pas quelqu’un de vaniteux parce qu’il n’avait pas autant d’argent qu’on le pensait. C’était juste pour la musique, pour l’amusement : un président, d’après lui, distribue de l’argent. Et quand tu es président, tu ne dois pas rire à tout-va. Donc de l’extérieur, on pouvait avoir l’impression que c’était quelqu’un de dur, alors qu’il était assez sociable. Il n’y a pas eu beaucoup de temps entre le moment où j’ai commencé à travailler avec lui et sa disparition, mais c’était une très belle personne.

Source : www.rfi.fr

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